Philippe Duchemin Trio
Dansez sur Nougaro
Dansez sur moi*/Girl Talk, La pluie fait des claquettes, Berceuse à pépé, Les mains d'une femme dans la farine/Gravy Waltz, Les pas, Cécile, ma fille, Prisonnier des nuages*, Ah tu verras, Le coq et la pendule, Déjeuner sur l'herbe, Toulouse
Philippe Duchemin (p, arr, dir), Christophe Le Van (b), Philippe Le Van (dm), Christophe Davot (voc, g*), Arnaud Aguergaray (vln), Kammerphilarmonia ensemble à cordes du Pays Basque
Enregistré les 20-21 mars 2015, Anglet (64)
Durée: 45’ 29”
Black and Blue 790.2 (Socadisc)
Né à flanc de Garonne, Philippe Duchemin ne pouvait pas ne pas un jour se rendre à l’évidente attraction du poète. Et c’est un bien bel hommage qu’il rend à l’aède rocailleux de sa Ville rose. La musique populaire en France a, depuis les années 1920, entretenu avec le jazz des relations intimes dont la fécondité n’a pas été étrangère à la naissance de ce qu’on désigne par Chanson française; Mireille, Jean Sablon, Charles Trenet, Henri Salvador, Georges Brassens, Léo Ferré, Prévert-Kosma… et Claude Nougaro ont, chacun à sa manière, été les passeurs de cette mutation liée aux échanges interculturels. Ils ont transposé dans leur imaginaire l’esthétique de l’autre, en évitant l’écueil redoutable d’une hybridation stérilisante; n’en déplaise à Jacques Canetti, initiateur du straight et du jazzy, à ses héritiers, les thuriféraires de la world music, de la fusion, du rock et autres musiques nouvelles, qui confondent fécondation et mondialisation génétique.
Ce qui contribue à expliquer que, malgré ses contorsions phonétiques et ses outrances rythmiques, Nougaro reste donc par la langue, d’abord et avant tout, un artiste intrinsèquement français. Comme celui de son maitre, Jacques Audiberti, son style emprunte aux ressources les plus classiques de la versification française: harmonie imitative, assonance, allitération rejet et contre-rejet («Le Coq et la pendule»)… Et même si sa strophe est libre, sa métrique est tenue à des formes plus rigoureuses pour tomber sur ses pieds.
En fin musicien de jazz, Philippe Duchemin n’a pas commis l’erreur rédhibitoire de vouloir trouver dans l’œuvre du Toulousain l’introuvable chez cet artiste à la culture intrinsèquement française. Car, en considération des très nombreuses chansons qu’il écrivit ou composa en référence à la musique de jazz, Nougaro est souvent présenté, dans un raccourci aussi audacieux qu’inapproprié, comme un «chanteur de jazz». Or si le poète a su reconstruire un imaginaire «étranger» [jazz] dans son propre langage, il ne saurait suffire au chanteur de scander la prosodie des syllabes, fussent-elles accentuées ou onomatopées, d’un texte pour swinguer le tempo de sa mélopée. Comme Ellington reconstruisit l’imaginaire d’une Afrique mythique dans son conventionnel American jungle style ou Gillespie celui de sa Caravan dans la nuit tunisienne, Nougaro fantasma son jazz sur vélin blanc de ses jours noirs.
Philippe Duchemin n’a également pas commis l’erreur de vouloir «mouler» Nougaro à sa propre forme jazzique. Le programme de son album est de ce point de vue très équilibré et foncièrement nougaresque. De cet énorme répertoire, il n’a conservé que deux pièces issues de la littérature musicale spécifiquement jazz qui a si souvent nourri cette œuvre, «Girl Talk» et «Gravy Waltz», deux morceaux chers au petersonien qu’il est. Les neuf autres, à l’exclusion de «Ah tu verras» (Chico Buarque), sont de veine toulousaine; le musicien s’est mis au service de l’auteur-compositeur: les textes et leur rythmique semblent avoir été les critères principaux de sa sélection et les arrangements ont été écrits en relation à la thématique scandée des textes.
Cet album brillant doit beaucoup à l’expérience acquise dans l’emploi des cordes dans son précédent ouvrage, Swing and Strings; elle donne quelques très beaux moments (orchestration des cordes dans «Ah, tu verras»), des réalisations bien venues (pizzicati dans l’exposition de «La pluie fait des claquettes») et des intuitions bien senties (après une citation courte et classique de «Nuages» par les cordes, la rupture du tempo bluesy initial up de la section rythmique, pour installer, en opposition, le mood orchestral en contrepoint très français de «Prisonnier des nuages»). Cette musique respire le bonheur vécu, y transparaît l’épanouissement d’un orchestrateur qui dit sa joie dans cet univers musical où les cordes confèrent à ces pièces un ton nouveau, une gravité légère que les enregistrements originaux du «maître» n’avaient pas dévoilée.
La réussite de Dansez sur Nougaro tient bien évidemment à la qualité des orchestrations dont la respiration générale relève du boston américain, forme ternaire rythmée si particulière des strings en Amérique. Mais la réalisation générale assez exceptionnelle tient également aux interprètes de ces partitions pas faciles: la mise en place des cordes dans les parties très écrites est remarquable; la section rythmique est en accord complet avec l’esprit du texte et chaque intervenant soliste y apporte sa part de création intelligente (l’exposition sur leitmotiv voix/contrebasse dans «Les mains d’une femme dans la farine» est non seulement intelligente mais pleine de tendresse en référence au compositeur de «Gravy Waltz»).
Mais dans cette réussite, la part du chanteur, Christophe Davot, est essentielle. Il n’imite jamais. Cet homme chante avec sa voix, qui est superbe, dans une diction parfaite et sans affectation aucune, laissant s’épanouir la beauté de la prosodie dans ses sonorités ciselées. Quant à sa mise en place, elle est d’une rigueur exceptionnelle. La manière, commediante voire tragediante, gravée sur les galettes par Nougaro a quelque peu figé le reçu de ces pièces, dont la richesse – et ce n’est pas une moindre qualité de l’auteur et des différents compositeurs, Vander particulièrement – mérite plus qu’une lecture «au passé», au ton dépassé voire compassé. C’est tout le talent de Christophe que d’avoir mis en lumière, par une interprétation fine et pleine de sensibilité, et l’originalité et la fraîcheur de ces œuvres; elles valaient qu’on dépassât la sensiblerie d’une mémoire trop fidèle. Davot a ouvert une voie/x nouvelle à l’interprétation des très belles chansons de Nougaro. Dans sa seule intervention soliste en tant que guitariste sur «Prisonnier des nuages», ce fin musicien a l’élégance de ne pas imiter la manière de Django. Il a l’exquise politesse d’emprunter la sonorité ensoleillée d’Henri Crolla, autre guitariste manouche d’origine italienne et malheureusement trop oublié. Cet opus de Philippe Duchemin, comme les albums Cross Over de Claude Bolling, illustre la parfaite réussite de ce dialogue bien compris des cultures; encore faut-il les avoir assimilées et en maîtriser, comme ces deux musiciens rares, les outils de ces deux langues, à la syntaxe et à la grammaire aussi complexes qu’exigeantes, pour échapper, dans une traduction périlleuse, aux écueils des solécismes plus fréquents que les barbarismes encore.
Dansez sur Nougaro est mieux qu’une heureuse surprise, c’est le bonheur; le bonheur de redécouvrir des textes et des musiques, qui à force de célébrations convenues, avaient pris le masque des momies. Or ce répertoire est magnifique; il importait de lui redonner vie en des formes et des expressions vivantes de notre temps. Philippe Duchemin et ses coauteurs (car tous y contribuent à leur place et dans leur rôle) ont réussi leur œuvre; s’agit-il d’un chef d’œuvre? Vous pouvez écouter cet album et le réécouter sans jamais vous ennuyer. La richesse de la partition est telle, dans sa simplicité, que vous y découvrirez toujours quelque chose de nouveau. L’exigence dans l’interprétation incite à réécouter.
Félix W. Sportis
© Jazz Hot n°673, automne 2015
C'est la naissance d'un beau projet musical réunissant sur scène le trio de jazz du pianiste et arrangeur Philippe Duchemin, le chanteur, Christophe Davot et l'orchestre à cordes Kammerphilarmonia dans un spectacle consacré à Claude Nougaro mélangeant subtilement la chanson, le jazz et la musique classique.
Sous la houlette de Philippe Duchemin pour les arrangements, et de Christophe Davot qui propose une interprétation toute personnelle de ces textes merveilleusement écrits, les chansons pleines de fraîcheur et d'émotion prennent une ampleur nouvelle, habillées de violons et de jazz ...
Ce spectacle d'une heure trente réunit un florilège des plus belles chansons du chanteur toulousain mixant habilement des oeuvres très connues ( Cécile, Ah tu verras, La pluie fait des claquettes, Dansez sur moi, Toulouse, le Jazz et la Java...) à des chansons moins connues ( les pas, Prisonnier des Nuages, déjeuner sur l'herbe, Rimes ... )
PHILIPPE DUCHEMIN JAZZ QUARTET avec Christophe DAVOT ( g & c), Christophe le van ( b), Philippe le van (dr) et l'ensemble de cordes KAMMERPHILARMONIA
Prix : 15,00 euros
Herault Tribune - CD Coup de Coeur (14-10-15)
REVUE PIANISTE MAI/JUIN 2011
Ce nouvel album du pianiste Philippe Duchemin est probablement le meilleur qu'il nous ait offert. Il lui ressemble : au répertoire, trois de ses compositions, Chick Corea, Ma sorcière bien aimée, Chopin, Tchaïkovski, Duke Ellington et, bien sûr, son inspiration de toujours, Oscar Peterson. Bel exemple de refus du sectarisme.
Accompagné à la basse et à la batterie des frères Le Van, qui partagent son esthétique et swinguent sans désemparer, il aborde les onze plages de ce disque avec maîtrise, respect et pas mal de tempérament. Chacune d'entre elles fait l'objet d'arrangements soignés et intelligents, de « spéciaux » savoureux, laissant ensuite libre cours à la verve constante du pianiste et de ses complices. Les pièces d'inspiration classique, en particulier, sont traitées avec tact et font la part belle à un lyrisme élégant, presque reffiné, qu'on ne lui reconnaît pas toujours.
Voilà bien un piano rutilant et un trio que l'on aura plaisir à réécouter.
Jean-Pierre Jackson
Born in Toulouse, France, Philippe Duchemin began classical piano studies at age nine, and was attracted to jazz at 15. Self-taught, he spent eight years studying his idols, Fats Waller, Erroll Garner and Oscar Peterson. Drawing from this classical and jazz background, Duchemin delivers a brilliant balance of melodic exploration and pulsating rhythm from first to last note on Massilia. His agility and creativity are absolutely dazzling as he merges classical roots with modern jazz, blues and soul, conveying the joyous swinging energy of Peterson, his main influence.
The title track is Duchemin's homage to the Roman-era name for the port city of Marseilles in the south of France. The rigorous stop-tempo and gospel feel is perfectly punctuated by Philippe Le Van on drums and Christophe Le Van on acoustic bass, twin brothers from that city.
Duchemin is artful at fusing jazz and classical styles. His second original, "Campanella for Swing," employs rippling treble movements that segue into a solid swing mode with an astounding finish for Franz Liszt's adaptation of Paganini's "La Campanella." The pianist's hauntingly beautiful "Ballade en Pologne" is an inspired variation based on Chopin's etudes and waltzes. The jazz mode also underscores Duchemin's intriguing rearrangements of Tchaikovsky's "Barcarolle (Juin)" and Chopin's "Prelude No. 4 Op. 28." Christophe Le Van's lyrically pensive "Princess" is a gracefully rendered samba that exhibits the trio's synergic spirit.
In a change of pace, Duchemin's satisfying exposition of Chick Corea's infectious "Armando's Rhumba" offers bass and percussion solos and a driving keyboard conclusion. Perhaps the most surprising track is Duchemin's playful and Peterson-like arrangement of Jerry Fielding's Bewitched television theme, "Ma Sorciere Bien Aimée" ("My Beloved Witch"), an affectionate nod to the 1960s-era American series that remains popular on French channels. Another salute to American composers comes in the medley of a pulsating "Caravan" and freely-flowing "Ol' Man River."
Duchemin's interpretations of two Oscar Peterson favorites on the final tracks encompass the ingenuity of his style. The reinvention of "Cakewalk" and "Hymn to Freedom" solidly fortifies Duchemin's reputation as heir to the Peterson throne. This stunning album is yet another reason to convey that title.
Track Listing: Massilia; Campanella for Swing; Armando's Rhumba; Ballade en Pologne; Ma Sorciere Bien Aimée; Barcarolle (Juin); Caravan/Ol' Man River; Prelude No. 4 Op. 28; Cakewalk; Hymn to Freedom.
Personnel: Philippe Duchemin: piano; Philippe Le Van: drums; Christophe Le Van: bass.
Record Label: Black & Blue.
Patricia Myers / allabout jazz /August 2011
Philippe Duchemin et les frères jumeaux Christophe et Philippe Le Van ont réuni leurs talents lors d’un engagement pour une série de concerts sur un paquebot marseillais, en 2008. Après cette expérience, ils ont enregistré ce CD.
Philippe Duchemin né en 1957 a suivi une formation classique avant de se diriger vers le jazz. Il a débuté en 1980 et joué avec Lionel Hampton, Kenny Clarke et Ray Brown… En musique classique, il aime les romantiques aux quels il rend hommage ici avec la Campanella de Franz Liszt, le Prélude n°4 de Chopin et la Barcarolle de Tchaïkovski. Côté jazz deux compositions d’Oscar Peterson (son maître), la Armando’s Rhumba de Chick Corea et le Caravan de Duke Ellington.
La solide formation classique de Philippe Duchemin lui donne une admirable virtuosité, une parfaite maîtrise du toucher et un sens harmonique raffiné. Son jeu, comme celui de Peterson, associe puissance et vélocité avec élégance, légèreté et sensibilité. Ses partenaires lui apportent plus qu’un soutien, la participation à un véritable dialogue, une parfaite complicité. A ne pas manquer.
Pierre Schavey
Avec ce dernier opus, Massilia, Philippe de Toulouse, atteint la dizaine d'albums enregistrés. En la circonstance, les frères Le Van, deux authentiques Massaliotes, le rejoignent avec bonheur dans son exercice préféré, le trio. En fait, il est l'aboutissement d'un concours de circonstances, les musiciens s'étant retrouvés à l'occasion d'une croisière musicale organisée par Luc Frémy sur le Princess Danae.
Le programme est des plus éclectiques pour ce qui est du répertoire : emprunté pour aux grands classiques : standards, Ellington et Peterson, le maître à pianoter du Manceau, et des compositions personnelles, parfois originales, mais aussi adaptations intelligentes d'un répertoire classique revisité.
L'album s'ouvre sur un thème du pianiste au groove très Ray Bryant, période Cadet, bien balancé avec une rythmique très présente et colorée à souhait par le batteur percussionniste. Le bassiste tient la métrique originale sur des harmonies bien assistes. Le pianiste virevolte avec aisance dans une musique aux accents churchy sur une mise en place sans faille. Beau morceau d'ouverture.
La Campanella qui suit, transposition pianistique de Liszt d'une pièce de Paganini pour violon, est un must du répertoire des pianistes, en général bis de fin de concert. Une version célèbre en a été enregistrée par György Cziffra chez La Voix de son Maître pour la Collection Plaisir musical en 1957 (FBLP 25030). Ici après une exposition du thème écrit, Duchemin improvise sur les harmonies ad libitum avant d'installer un balancement à la Bryant, puis une rupture rythmique pour l'installer dans une forme evansienne et revenir à la forme classique et un pont swing qui emprunte à l'idiome de Peterson accompagné de la section basse – batterie. Cette présentation de l'univers classique transposé n'est pas sans rappeler la manière d'Eddie Bernard, Jazz Arabesque (Pacific, 1959).
Puis suivent « Princess » une jolie mélodie de Christophe Le Van, précédant une version d'« Armando's Rhumba » de Corea qui n'est pas sans rappeler, dans l'organisation générale du trio, la version première du « Poinciana » d'Ahmad Jamal, quand le pianiste n'abusait pas du coïtus interrompus. Les couleurs percussions du batteur sont du meilleur effet sur le discours du piano et du chorus de contrebasse, avec un leitmotiv - riff en ostentino façon Bach en articulation de reprise.
La « Ballade en Pologne » est devenue un classique du répertoire de Duchemin qui sied à sa manière romanesque et néanmoins romantique de parcourir le répertoire classique de sa formation pianistique originale devenue avec la maturité une sorte de souvenir nostalgique.
« Ma Sorcière bien aimée » est un standard où le trio, dans une structure bien articulée pour jouer de ses effets, s'épanouit dans sa plénitude. Le contrebassiste et le batteur accompagnent magnifiquement et relancent avec des breaks parfaitement mis en place, rendant au thème sa légèreté initiale.
La « Barcarolle » (en sol mineur) illustre un mois de juin tendre, parmi les douze pièces écrites pour piano pat Pyotr Tchaïkovski et réunies sous le titre Les Saisons. En référence au chant des gondoliers de Venise, le tempo rend dans son univers élégiaque le mouvement de la barque. Après l'exposition du thème, la reprise de Duchemin évoque John Lewis dans « Cortege » en une tonalité plus romantique.
« Caravan » et « Old Man River » sont des pièces où l'exotisme trouve à s'exprimer tant au plan rythmique qu'harmonique (avec quelques incursions dans l'univers andalou arabo-hispanique reconstruit (citation à l'appui). Moment d'énergie enchaîné sur le fameux tube de Showboat (1936) rendu célèbre par Paul Robeson, « Old Man River ».
Le Prélude n° 4 op 28 de Chopin fut aussi, dans les années trente, un tube souvent joué. Cette version est une récréation, avant le final consacré à deux pièces de Peterson.
« Cakewalke » l'évocation d'une danse que les esclaves mimaient pour imiter leur maîtresse qui marchait à petits pas. Pièce descriptive où les ressources pianistiques sont mises à contribution. Et Duchemin y fait merveille, soutenu en cela par le batteur et le bassiste parfaits dans leur soutien.
« Hymn to Freedom » est un cantique écrit, ou plutôt improvisé par Peterson au début des années soixante à la fin d'une session d'enregistrement, alors que ne restaient que quelques minutes. Comme il savait que Norman Granz, qui était alors son commanditaire, aimait le blues et les chants d'église, Oscar se remémora les airs entendus à l'église. Il recommanda à ses accompagnateurs, Ray Brown et Ed Thigpen, de lui laisser exposer le thème et de n'entrer qu'ensuite à sa demande, ce qu'ils firent. Cette version a été enregistrée pour la première fois le 16 décembre 1962 (cf. Night Train, Verve 8538) avec Ray Brown et Ed Thigpen. La version de Duchemin est moins concertante (il faut aussi reconnaître que le Bösendorfer Imperial sur lequel est enregistré Oscar n'est pas étranger au caractère majestueux de son interprétation), est plus intimiste. L'intensité ici tient à la densité. Le thème y est toujours exposé en solo, mais l'esprit choral y est peut-être plus présent. Version très sentie qui termine en beauté un album très personnel.
Duchemin est magistral, Christian Le Van parfait et Philippe Le Van sait colorer cette musique avec intelligence. Les trois jouent du trio : un trio idéal mélange de Jamal, Bryant, Peterson, en fait du Duchemin.
Félix W. Sportis
Ce disque apparaît comme le reflet fidèle de toutes les musiques que Philippe Duchemin apprécie depuis toujours et aime jouer. L’utilisation du pluriel s’impose puisque, si logiquement on trouve sur les onze plages de l’album les noms de Duke Ellington, Jérôme Kern et Oscar Peterson, apparaissent aussi sous une forme bien supérieure à un simple “clin d’oeil” ceux de Chopin, Liszt et Tchaïkovski. Enregistré en octobre 2010, Philippe Duchemin est ici entouré des frères (jumeaux) Christophe (basse) et Philippe (batterie) Le Van, deux musiciens marseillais à découvrir et qui s’avèrent de parfaits accompagnateurs et d’intéressants solistes.
Ouverture avec Massilia (référence à l’ancienne appellation de Marseille dans l’Antiquité) dans une construction mélodique qui n’est pas sans rappeler le Gospel. Suivent Princess tout empreint de mélancolie, Ma sorcière bien aimée (il s’agit bien de la musique de la série TV de 1960 !) pris sur un tempo rapide et qui permet de constater la parfaite cohésion du trio. Armando’s Rhumba sera le seul titre peu convaincant.
Depuis Take Bach enregistré dès 1984, nul n’ignore que le pianiste toulousain a fait des études musicales classiques tout au long de son adolescence et que son attirance pour les grands compositeurs européens du XIXe sciècle demeure toujours présente : pas moins de quatre thème sont directement inspirés des œuvres du répertoire de la période romantique puis adaptés avec des arrangements soignés et allègres. Les “emprunts” sur Campanella for swing (Paganini/Liszt), Ballade en Pologne et Prélude n°4 (Chopin), ainsi que Barcarolle (Tchaïkovski) se fondent avec facilité et élégance dans des interprétations qui demeurent dans l’idiome du Jazz.
Retour à un plus pur classicisme avec deux standards enchaînés, Caravan/Ol’ Man River, et une nouvelle occasion d’aprécier l’étendue du jeu du pianiste et la qualité de la stimulante rythmique.
Pour finir, le choix s’est porté sur Peterson, source permanente d’inspiration de Duchemin. Cakewalk (année 80) est très swingué et moins syncopé que la danse ne l’était en son temps. Hymn to Freedom, la composition la plus connue du pianiste canadien, date des années 60 et demeure une référence au-delà de la musique. La présente version, prise sur un tempo parfait, garde toute sa sensibilité d’origine. L’exposition du thème est aussi faite par le pianiste, en solo.
Le dixième opus de Philippe Duchemin mérite de retenir l’attention pour sa riche diversité.
Michel Lalanne
Dany Doriz
« On the New Jersey Road »
C'est un album de collection pour un ensemble de raisons : il est historique d'abord parce qu'il marque la rencontre d'un des grands vibraphonistes du jazz, avec le label maintenant mythique de Gérard Terronès (bien qu'on ne le dise pas assez en France) qui, lui, a édité la légende du jazz. De plus ces deux là, Gérard Terronès et Dany Doriz, ont en commun d'avoir écrit l'histoire des clubs à Paris, puisque Gérard en anima un certain nombre, le dernier étant Jazz Unité à La Défense. Quant à Dany, il anime encore de nos jours l'irremplaçable Caveau de la Huchette (depuis 1970), et ce club fête cette année ses 60 ans. Autant dire que cette rencontre a une tonalité particulière, non dépourvue de nostalgie pour les amateurs de jazz et de piment pour les amateurs de rencontres inattendues. Ajoutons que ces musiciens français ont profité de l'occasion offerte d'une tournée aux Etats-Unis pour enregistrer un album, dans un cadre décalé qui offre l'air de liberté qui parfume cet album. Ces musiciens se connaissent sur le bout des doigts pour former la section rythmique de nombreuses formules autour de Dany Doriz, et ce changement de décor était le bienvenu. L'absence de batterie n'est pas étrangère à la clarté lumineuse de ces faces parfaitement rendue par la prise de son. Le répertoire choisi n'est pas nouveau, mais la pièce de Petrucciani (« Little piece in C ») comme « Le Grisbi », avec l'appui de l'harmoniciste Enrico Granafei, donne une couleur que nous connaissions peu de ces musiciens heureux de fixer leurs impressions américaines.
Dany Doriz joue avec une liberté superbe, son instrument ressortant majestueusement. Il est certainement le représentant majeur de cette école de vibraphone, qui doit beaucoup à Hampton, mais a su emprunter à Milt Jackson dans la façon de retenir le tempo (Smoke Gets in Your Eyes ») pour créer maintenant un univers parfaitement identifiable. Patricia Lebeugle joue avec assurance et punch. Parfaite dans ce rôle, elle remplit, en l'absence de batterie, sa mission de rythmicienne avec beaucoup de présence. Quant à Duchemin, ici plus petersonien que jamais, avec ses accents à lui (façon Milt Buckner, revu et beaucoup plus corrigé !, garnérien à l'occasion) sa générosité se coule sans forcer dans le projet. Il est un parfait partenaire, comme son maître l'a été, et sa conversation avec Dany est jubilatoire, chacun y trouvant matière à se laisser aller au bonheur de la parabole (« You look good to me » présente un dialogue magnifique que Peterson et Milt tenaient dans leurs grandes années). Les trois musiciens possèdent une belle sérénité parce qu'ils maîtrisent parfaitement la musique qu'ils interprètent : leur virtuosité évidente ne sacrifie jamais la qualité du discours musical. Un disque pour le plaisir.
Felix W. Sportis
THE BEST OF A JAZZ PIANIST (Jazz Hot Décembre 2005)
Cette compilation résume la carrière de Philippe Duchemin entre 1990 et 1998 (albums Alizés, Trio Live, Three Pieces, Three Colors). C'est une excellente façon de lui rendre justice sans caricature car on y apprécie le grand pianiste sous toutes ses coutures, avec toutes ses influences : Oscar Peterson, Monty Alexander , Art Tatum, sans parler de ses penchants classiques ( Take Bach , Fond Brun ) ou son romantisme retenu ( Jogging in Paris ). Le shuffle tonique de Mister Shuffle montre bien sa facilité rythmique et son sens du blues : l'exultation est de toute façon sa marque de fabrique, même dans les atmosphères plus intimistes où la pétulance remplace la puissance. Fumet est par exemple contemplatif là où Blitz fait songer à Ray Bryant, Phinéas Newborn et Peterson par sa virtuosité joyeuse. Cette compilation permet ainsi de comprendre la personnalité de Philippe Duchemin dans la diversité des expressions qu'elle adopte. Les emprunts se font naturellement, par passion et volonté d'extension d'une palette expressive colossale. Le résultat, c'est un pianiste beaucoup moins classable qu'on ne le pense parfois de façon lapidaire (disciple de Peterson) et dont la musique vise de toute manière l'ampleur gourmande de ses modèles. S'il ne bénéficie pas de la notoriété de carton-pâte de pianistes à la mode, Philippe Duchemin est un pianiste à découvrir, ne serait-ce que pour le plaisir et la richesse d'une musique à la fois férocement rythmique et profondément mélodique.
Jean Szlamowicz
JAZZ CLASSIQUE NOVEMBRE 2005 "The best of a jazz pianist"
Grâce à ses disques et ses nombreux concerts, Philippe Duchemin est aujourd'hui un pianiste reconnu et apprécié. Djaz Records propose ici une sélection représentative des quatre albums qu'il a enregistré en trio au cours des années 90, une excellente idée qui va permettre à certains amateurs de découvrir des faces introuvables depuis longtemps. Les titres 1,3,5 et 9 sont extraits de « Alizés », 6 et 11 de « Trio Live » (1992), 4,7 et 8 de « Three Pieces » (1994) et 2 et 10 de « Three Colors » (1998-Jean Pierre Derouard à la batterie)
En 1990, lorsque paraît son premier disque (« Alizés »), Philippe Duchemin a déjà derrière lui une dizaine d'année d'activités diverses. Il se produit dans tous les clubs de la capitale. Il est le pianiste du Paris Barcelona, petite formation swing qu'il abandonnera pour la formule du trio.
Après une solide formation classique, Philippe Duchemin travailla le jazz en autodidacte. Ses sources d'inspiration furent Fats Waller, Garner, Peterson et Monty Alexander. On retrouve beaucoup du jeu de ce dernier dans Alizés , Jogging ou encore le superbe Vipo (des compositions originales, comme neuf des onze titres). Peterson aussi n'est jamais très loin, même s'il s'en rapprochera davantage dans l'album « For Oscar » de 2004. Enfin ce « Best Of » met en valeur les qualités des habituels partenaires du pianiste : Patricia Lebeugle, tonique contrebassiste, et les deux Jean-Pierre, Souchu et Derouard, parfaits dans le rôle difficile de batteur de trio.
Michel Lalanne
Bulletin du Hot Club de France février 2006 « the best of a jazz pianist »
Ce disque regroupe les compositions du pianiste parues dans divers Cd au cours des années 90. C'est du beau piano, pas toujours swinguant si l'on attend un tempo immuable dans chaque interprétation, où dont le swing n'est pas affirmé en premier, mais un piano vif, chantant, aux harmonies fraîches et attirantes. Et c'est un trio où la contrebassiste Patricia Lebeugle, colle parfaitement au discours musical, sans surcharger sa partie, sans se perdre dans des solos compliqués, mais avec souplesse et pertinence. Le batteur est Jean-Pierre Souchu (Jean-Pierre Derouard sur les titres 2 et 10). Les mélodies de Duchemin portent bien leur appellation, notamment les deux premiers morceaux. Mister Shuffle est bien swingué, beau travail de Patricia Lebeugle. Fumet a un ... de Satie et de Strayhorn dans une très agréable atmosphère. La pulsation de Blitz serait tout autre sans la sonorité et le « nerf » des cordes de la bassiste. Et en écoutant Take Bach , vous penserez que c'est autrement vivant que le « Play Bach » de qui vous savez et bien plus jazz en tout cas. Sur un grand envol de cymbales, la contrebasse puis le piano introduisent joliment le thème mélodieux de Fond Brun . Vipo , capté en public, est solidement swingué sur le « shuffle » de la batterie.
Les phrases aux lignes claires, fantasques, riches en couleurs, me font dire que Philippe Duchemin est plutôt un styliste qu'un puissant swingman (mais notez sa « patte » dans les titres 3 et 5 par exemple !). La versatilité de son jeu, sa capacité à créer une atmosphère, les arrangements subtils, le place bien au-dessus de ces trios de pseudos jazz moderne qui ne savent que décortiquer et pulvériser la moindre mélodie sans un atome de swing. Il est l'exemple d'un style de jazz contemporain où l'on peut retrouver l'influence d'un Monty Alexander ou d'un Ahmad Jamal de la meilleure période. De plus sa maîtrise du clavier, son beau toucher, à la fois délicat et incisif, ajoutent au confort et au plaisir de l'audition, d'autant que l'enregistrement est véridique. Si vous aimez non seulement le jazz -cela va sans dire- mais le piano pour lui-même, voilà un disque à écouter et réécouter, car il peut ne pas accrocher à la première audition distraite, ensuite vous le dégusterez ! Bon livret rédigé par Dominique Burucoa. ( D.J. )
TELERAMA du 20 octobre 2004
A l'heure où le malheureux Oscar Peterson (Live in Vienna) n'est plus que l'ombre de lui même, ce disque d'hommage d'un pianiste français méconnu, débordant de vitalité, en trio avec guitare et contrebasse, vient comme un remords.
Michel Contat
JAZZ HOT NOVEMBRE 2004
Chacun connaît le talent de pianiste de Philippe Duchemin et sa filiation stylistique avec Oscar Peterson. Son album est un hommage au pianiste canadien. La trouvaille tient au fait que les pièces qui constituent cette sorte de portrait musical sont originales, écrites par chacun des trois musiciens constituant le trio. Celles de Duchemin, comme il se doit, font référence à des aspects pianistiques propre aux locataires permanents du tabouret du JATP. Sont ainsi bien venues celles en relation à Bach (Oscar a écrit plusieurs pièces en hommage à ce compositeur) ou à Chopin (« Ballade en Pologne »), avec la part d'humour qu'il convient, ou le « Fingers in the Night » très brownien dans son mouvement tournant comme l'oscarmourien « Anatolia ». La formule piano-guitare-basse, qui fit la gloire du premier trio de Peterson, en référence à la formation de King Cole ou de Tatum, deux des maîtres du pianiste de Toronto, confère à l'ensemble une souplesse rythmique particulière.
La formation fonctionne bien. Dano Haider s'avère être plus près de Irving Ashby (qui fit partie d'un des premiers trios de Peterson) que de Herb Ellis. Il fait admirer son phrasé dans « Anatolia ». Manuel Marchès est un accompagnateur attentif, qui sait au besoin, apporter sa part d'originalité : « Fingers in the Night » en est un bon exemple. Philippe Duchemin est égal à lui-même : excellent pianiste, avec un sens du swing tout à fait remarquable. La générosité de sa manière n'ôte rien à sa belle musicalité.
Espérons que ce disque popularise l'un des héritiers originaux d'Oscar, le puissant et romantique Philippe Duchemin. Il est presque paradoxal que cet enregistrement soit un hommage alors que le pianiste du Mans y développe une approche de plus en plus personnelle. Sans rien renier de l'héritage de Tatum ou Peterson, sans tomber dans le loussiérisme, il conjugue le swing, la musique classique, voire d'autres moments du jazz (Chick Corea et « Armando's Rumba » sur « Rue de Maubeuge » ). « Oscar » est une belle mélodie attendrie, entre romantisme et swing petersonien. « Ballade en Pologne » conjugue la chopinerie et le jazz selon le principe des ruptures de tempo. Dans ce trio homogène, le dialogue intelligent, recherché et généreux, participe de la joie de cette musique.
Félix W. SPORTIS et Jean SZLAMOWICZ
BULLETIN DU HOT CLUB DE France N°537
NOVEMBRE 2004
PHILIPPE DUCHEMIN « FOR OSCAR »
Avec ce tout récent CD de 48 minutes 47, enregistré les 19 et 20 janvier 2004, le pianiste Philippe Duchemin présente le nouveau trio qu'il venait de constituer, avec Manuel Marchès (b) et Dano Haider (g).
Même si ce CD ne faisait pas explicitement référence à Oscar Peterson, l'amateur en aurait sans nul doute reconnu la filiation directe, d'autant que l'admiration que porte Philippe Duchemin à Oscar Peterson n'est un secret pour personne.
Toutefois, si la formule piano-contrebasse-guitare est la même que celle du fameux trio Peterson-Ray Brown-Herb Ellis, et si deux morceaux rendent sans équivoque hommage au pianiste canadien, l'album met aussi en évidence d'autres influences, en particulier celle de la musique classique : Bach et Chopin sont salués chacun par une composition originale. Nous en connaissions déjà une, Take Bach , l'autre, Ballade en Pologne est dans la même veine, une première partie traitée classique et une seconde jazzifiée.
Le jeu de Philippe Duchemin se distingue par son caractère virtuose, que l'on retrouve au travers des morceaux composant ce disque et qui comportent beaucoup de passages arrangés où les voix des trois instruments s'interpénètrent et forment un tout. Philippe Duchemin a d'ailleurs choisi deux musiciens tout à fait capables de s'exprimer avec la dextérité voulue : ainsi le trio produit une musique brillamment élaborée ressemblant, pour cet aspect, de manière frappante à celle d'Oscar.
Il est aussi intéressant de noter que tous les morceaux de cet album sont des compositions originales. Cinq d'entre elles sont du pianiste qui laisse une place presque aussi importante à ses accompagnateurs, chacun d'entre eux apportant deux thèmes : Wes Side et Anatolia , par le guitariste, privilégiant le swing ainsi que, dans une moindre mesure, Fingers in the night par le contrebassiste.
L'enregistrement est bon, mis à part le fait qu'on entend insuffisamment les accords d'accompagnement du guitariste dans les ensembles, tandis qu'à l'inverse la contrebasse est trop sur le devant de la scène.
Un disque qui confirme l'originalité du talent de Philippe Duchemin, pianiste et compositeur et marque une nouvelle étape dans sa carrière de chef d'orchestre.
F.A
SEMAINE DES SPECTACLES FOR OSCAR
Ce Duchemin là, Philippe de son prénom et pianiste de son état, les plus fidèles parmi nous se souviendront de ce que nous suivons son parcours discographique depuis une bonne douzaine d'années. Dans son dernier album, il est accompagné par deux nouveaux venus dans son trio, deux musiciens que nous avons évoqué récemment, le bassiste Manuel Marches pour son travail au sein du Magnetic Big Band et le guitariste Dano Haider, dont le jeu brillant nous avait frappé aux côtés de Nicola Sabato.
Intitulé « For Oscar », le disque est évidemment un coup de chapeau au grand Peterson. Mais si Duchemin est doué d'une impressionante virtuosité, il ne l'utilise à aucun moment pour (tenter de) jouer dans le style du maître, Il ne se vont pas imitateur. Ce qui l'intéresse, c'est l'esprit plus que la manière et c'est une des raisons qui font que l'on ne retrouve ici qu'une seule composition de Peterson : l ' Impossible , les autres titres étant de la plume des membres du trio. Dans ceux du pianiste, de jolis, clins d'oeil du côté de Bach Take Bach ou de Chopin Ballade en Pologne . Quant au bassiste et au guitariste, ils prennent à leur compte des oeuvres très mélodiques comme Bluette ou Wes Side.
Un opus plein de charme et d'intelligence chaleureuse d'un pianiste qui mériterait largement une bien plus importante notoriété.
Henri Marchal
For Oscar
Music sparkles and bubbles under the fingers of the incorrigible swinger Philippe Duchemin. A musician who makes no secret of his thorough mastery of everything in the art of his maestros and predecessors (from Johann Sebastian Bach to Phineas Newborn). For this opus, Duchemin has created a fresh new trio with musicians Manuel Marches and Dano Haider, recreating the magic formula that so successfully worked for Nat King Cole : piano, guitar, bass.
JAZZ MAGAZINE DECEMBRE 1991
Alizés
Installé dans la région mancelle, Philippe Duchemin est décidément, de Spanky Wilson au Paris Barcelona Swing Connection, un sideman très sollicité. Il a constitué sous son nom un trio remarquable de cohésion qui se fait ici, pour la première fois, entendre en disque. Du « mainstream » aux conceptions rythmiques souvent vives et originales convoquant tour à tour les trois temps de la Gravy Waltz de Ray Brown et le déhanchement caraïbe des Alizés de Duchemin. Entre standards et compositions originales, une musique proprement exécutée en même temps que chaleureuse que vient incarner à sa façon la sonorité nette et ronde de la jeune et talentueuse bassiste Patricia Lebeugle.
Yannick Séité
SEMAINE DES SPECTACLES FEVRIER 1991
Jean Foucher qui produit et distribue sous l'étiquette "Editions Pluriel" fait partie des « décentralisés » puisqu'il est installé dans l'Orne.
Ouvert à toute forme de musique, il n'a pour l'instant qu'un jazzman à son catalogue, mais qui pourrait aller loin.
Il s'agit du pianiste Philippe Duchemin qu'on a pu applaudir au "Duke" de Cannes pendant le dernier MIDEM.
Son disque « Alizés » en trio avec: la bassiste Patricia Lebeugle et le drummer Jean-Pierre Souchu donne une bonne idée de la maîtrise technique et de la sensibilité joliment swingante de ce pianiste qui a joué avec Kenny Clarke, Lionel Hampton et Ray Brown pour ne citer que les plus grands et qui s'est produit dans les plus célèbres clubs de jazz de la capitale.
C'est plein de finesse et de musicalité.
Et Philippe Duchemin - par ailleurs remarquable compositeur - est décidément à suivre !
Henri Marchal
JAZZ SWING JANVIER 1991
ALIZES
Je ne suis pas un spécialiste des tropiques (peut-être du Cancer...) ni des esprits qui voguent sur les flots mais il semble que les alizés sont des vents chauds qui soufflent tous dans le même sens. La chaleur du trio est extraordinaire, les thèmes sont courts, l'ambiance est souriante, piano vers quatre heures du matin... justement, une douce folie décalée manquerait presque, mais ce serait un curieux procès que celui des nuits affalées. Un répertoire subtil, des standards Gravy Waltz , Serenade in Blue , Over the Rainbow , My Little Suede Shoes ... qui alternent avec des compositions de notre pianiste manceau. L'ensemble est soudé, J.P. Souchu est très discret, Patricia Lebeugle s'efface et accompagne (dommage, on souhaiterait parfois plus de gras dans ses solos), Mister Dueho-bonhomme-dechemin enfile les thèmes pour notre ravissement.
Disque carte de visite, mettant en valeur des compositions personnelles souvent inventives Mister Shuffle , Notes en Papillotes , Canicule . Toutefois si les alizés pouvaient s'agiter un peu plus parfois, je pense que notre navigateur du Mans s'en sortirait avec autant de panache si ce n'est plus bon vent !-
T. Bouffechoux
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JAZZ SWING DECEMBRE 1990
PHILIPPE DUCHEMIN TRIO « ALIZES »
Je n'ai qu'un mot à dire: Bravo ! Bravo pour la musique, fraîche et swinguante à souhait, pour l'enregistrement presque parfait, et pour la participation de la province à la construction de l'édition du jazz français. Philippe Duchemin vit et travaille dans la ville du Mans. Le jazz dans cette région lui doit tout, j'aurais l'occasion d'y revenir dans un dossier spécial décentralisation. Lui et son trio ont choisi d'enregistrer à Brest. Pour une fois, Paris n'a rien à voir dans l'affaire et c'est tant mieux. Jean-Pierre Souchu joue bien de la batterie. Sa discrétion et sa sobriété prouvent qu'il a su oublier les années passées dans l'école de Dante Agostini (paix à son âme). Patricia Lebeugle rejoint avec cet enregistrement le cercle très fermé des femmes qui font du jazz en France et prouve, si besoin était, que la contrebasse n'est pas seulement une affaire d'homme.
Quant à Philippe Duchemin lui-même, non content de s'inspirer d'Oscar Peterson et Monty Alexander, il rend directement hommage à leurs maîtres, c'est-à-dire Ahmad Jamal et le grand Nat « King » Cole. Un seul reproche l'ordre des morceaux, trop progressif, par conséquent insuffisamment contrasté. Mais, à mon humble avis, il s'agit là, une fois de plus, hélas, d'un choix de producteur.
François Laudet
PREMIER ALBUM D'UN TRIO DE CHARME 31/10/1990 « Alizés » : jazz à tout vent
Un nouveau trio de jazz est né. Bravissimo ! Un trio de charme international. De la fougue et du talent plein les doigts. Philippe Duchemin au piano, Patricia Lebeugle à la contrebasse, Jean-Pierre Souchu à la batterie, viennent d'enregistrer leur premier album intitulé Alizés. Ce disque compact enregistré au studio « Amadéus » à Brest, produit par Jean Foucher, et distribué par les éditions Pluriel, comporte dix morceaux. Des grands classiques de Ray Brown à Charlie Parker , en passant par Duke Ellington et Michel Legrand , mais également une composition de Patricia Lebeugle « Petite douceur » et cinq morceaux composés par Philippe Duchemin : « Mister Shuffle », « Notes en Papillotes », « Blitz », « Canicule » et « Alizés » . Ce trio n'est pas inconnu en Vendée. Il s'est notamment produit au festival de Jazz de Saint-Gilles-Croix-de-Vie ainsi qu'aux « Alizés ». C'est d'ailleurs aux « Alizés » que les trois musiciens, pendant les vacances ont mis au point cette production. Ce premier disque est une réussite : interprêtation sans faille. Jean-Pierre Souchu, à la batterie « accompagne » ses partenaires, sans se mettre en avant, donnant le tempo quand il le faut, Patricia Lebeugle apporte sa fraîcheur tout en gardant une rigueur que la contrebasse rend bien. La dextérité de cette jeune instrumentiste est étonnante. Quant à Philippe Duchemm, le chef de ce trio magique, il a, comme ses deux partenaires, déjà joué avec les plus grands du jazz. A leur contact, il s'est élevé pour devenir un des meilleurs pianistes de jazz actuellement en France. Dans ce disque il donne toute sa mesure. Du grand art. Un album qu'il faut déguster. Avec le trio Philippe Duchemin, c'est la fête du Jazz, du bon, du vrai.
J. Rengot
JAZZ NOTES FEVRIER 1991
PHILIPPE DUCHEMIN TRIO ALIZES
Ce professeur de jazz, titulaire du diplôme, qui a joué avec Kenny Clarke Hampton, Ray Brown, dévoile dans son premier CD un côte très personnel dans son jeu, tout en étant à l'écoute des grands pianistes, dont la carrière fut plutôt solitaire, tel Garner, Peterson, Evans. Il exploite ces derniers sans rentrer dans des clichés et tout en conservant sa propre identité. Ses deux accompagnateurs cisèlent finement les thèmes proposés avec précision et swing efficace.
PHILIPPE DUCHEMIN TRIO *** janvier 1993
Live !
Trois musiciens inconnus au bataillon, auteur d'une musique réjouissante, de celles que l'on peut souhaiter rencontrer dans un club. Plaisir pur, direct, simple et efficace. Trio solide et solidaire emmené par le talentueux pianiste Philippe Duchemin au jeu bien articulé, alliant tonus et respiration, maniant l'art de la relance calorifique.
Exubérance, humour ( Take Bach ), rire et enthousiasme rythmé du public ( Vipo ), ambiance club et bruits de bar ajoutent sans gêner à la vérité de cette musique.
Le programme varié mélange quelques standards habilement traités tel le swinguant Night and Day à l'impressionnante main gauche, l'énergique Moanin' en tempo rapide avec un final porté par le public, d'excellentes compositions personnelles ainsi qu'une mélodie, Sonoroso , en forme de perle exotique.
Certes la démarche n'est guère originale, sinon qu'on a peu ou pas chez nous de trio équivalent (genre Monty Alexander ou Gene Harris). De plus, celui-ci nous vient de province !
Vous qui n'habitez pas la capitale, sachez que le jazz existe bel et bien près de chez vous. Alors heureux ? Bernard Joyeux
JAZZ HOT janvier 1993
Trio Live ! « Découverte »
Après Alizés, (Ed. Pluriel) publié en 1990, le Philippe Duchemin Trio paraît live : même formule, même personnel. La musique a pris de la consistance, les interprètes aussi.
Philippe Duchemin, d'abord, dont le style s'est affirmé : le langage généreux, qui trouve ses sources chez Oscar Peterson et Hank Jones, est plus concis. Patricia Lebeugle, ensuite, est dans la lignée des contrebassistes classiques, celle de Jimmy Blanton, Oscar Pettiford et Ray Brown, avec une mise en place harmonique et rythmique assise et un bon swing, sait être un excellent soutien et souvent une soliste stimulante pour ses partenaires. Jean-Pierre Souchu, enfin, dont l'accompagnement sobre, dans un style sans artifice, convient bien à cette musique naturelle. Une découverte pour beaucoup.
François Vernier
JAZZ MAGAZINE 1993
PHILIPPE DUCHEMIN
Live !
Second album (il fait suite à « Alizés ») du trio « Live ! » rend justice à l'homogénéité du groupe qui, depuis plusieurs années maintenant, travaille tout tranquillement, sérieusement, à construire une musique allègre, brillante, énergique, délibérément généreuse.
Maîtrisée et méditée aussi pourtant. Préférer les compositions originales (les trois musiciens mettent la main à la pâte) aux standards, c'est déjà aujourd'hui faire preuve d'une certaine originalité. Bâtir délibérément sa demeure quelque part entre swing et bop, voilà une autre manière de se moquer du qu'en dira-t-on comme aussi, disons-le, une certaine forme d'audace souriante. Quelques-unes des raisons de se procurer ce disque tout à fait réussi.
Yannick Séité
LA SEMAINE DES SPECTACLES novembre 1992 Trio Live !
L'avenir
Il y a bien longtemps que le jazz a quitté sa patrie d'origine pour s'installer dans le monde. Ne l'oublions pas, la France a été l'un des premiers pays à en comprendre toute la richesse et nos musiciens l'ont tout aussi rapidement assimilée. Aujourd'hui, sur les traces des grands anciens comme Django ou Stéphane, de jeunes musiciens français affirment solidement leur talent et leur originalité. Ainsi le présent et l'avenir du jazz peuvent se trouver à New York comme à Paris, à Houston comme.., au Mans. C'est là en effet que vit et travaille Philippe Duchemin dont le premier enregistrement avait déjà fait l'objet de notre chronique. Mais c'est bien connu, c'est au deuxième disque qu'on attend le musicien au coin de la rue. Les promesses du premier seront-elles tenues? Disons tout de suite qu'avec le pianiste Philippe Duchemin la réponse nous arrive et qu'elle est sans équivoque. Il semble qu'il ait gagné encore en clarté de style, en assurance, en précision, en punch. Fidèle (et comme il a raison!) à deux compagnons remarquablement doués, la bassiste Patricia Lebeugle et le batteur Jean-Pierre Souchu, il nous propose dans une réalisation qui a la chaleur du live quelques standards et quatre compositions des membres du trio. Parmi celles-ci, je vous recommande son bien excitant "Take Bach". Ce qui frappe ici, outre une maîtrise technique évidente chez chacun, c'est de dynamisme, ce tout aussi évident bonheur de jouer. Un bonheur qu'il vous est facile de partager. Il suffit d'écouter ce disque ensoleillé.
Henri Marchal
JAZZ NOTES Décembre 1992
Trio Live !
Ce professeur de jazz, émule des grands pianistes des années 50/60, nous fait revivre à sa façon un peu la période par son style et certains thèmes. En fait, ce pianiste musclé enchantera les plus exigeants, surtout avec le soutien d'une brillante bassiste, élève de Boussaguet, et d'un batteur efficace. Bravo le jazz français !
Philippe Duchemin Fevrier 1995
Three Pieces
A l'école de Fats Waller, Art Tatum, Errol Garner, Bud Powell, Oscar Peterson, et quelques autres monstres sacrés du clavier, Philippe Duchemin s'est forgé un style chaleureux et lyrique, où la sensibilité et la fougue sont exprimées avec musicalité et swing. Avec l'efficace soutien et la totale complicité de la solide contrebassiste Patricia Lebeugle et du subtil Jean-Pierre Souchu, Philippe Duchemin signe un enregistrement (le troisième du trio) dont l'intérêt soutenu de bout en bout culmine à l'occasion d'une superbe relecture du standard Bernie's Tune .
Claude Oberg
LE MAINE LIBRE Décembre 1994
Trio Philippe Duchemin/Three Pieces
Le pianiste manceau Philippe Duchemin et ses deux partenaires, avec lesquels il a formé son trio Jazz très homogène, très équilibré, viennent de sortir leur troisième disque.
Loin des courants et des modes qui souvent enlèvent au jazz la spontanéité qui est sa raison d'être, Philippe Duchemin pratique une forme de musique séduisante, qu'elle soit jubilatoire ou tendre, exultante ou nostalgique.
C'est un réel plaisir d'entendre le trio et leur troisième disque est, bien dans la manière qu'on aime, décontractée sans être négligée, filante sans sacrifier à la facilité. Philippe Duchemin mène le jeu au piano avec souplesse, Patricia Lebeugle à la contrebasse et Jean-Pierre Souchu à la batterie lui donnent la réplique dans le même style. Tous les trois jouent selon leur instinct, sans se poser de questions et sans interpeller personne.
De l'hommage à Bach au charme du délicieux souvenir de Tea For Two , le disque est une heure de musique qui se laisse apprécier avec un grand bonheur
PHILIPPE DUCHEMIN THREE COLORS ***
Dès la première écoute, la cohésion nous saisit. Le pianiste Philippe Duchemin, la contrebassiste Patricia Lebeugle et le batteur Jean-Pierre Derouard se connaissent bien et cela s'entend. Le trio fonctionne comme une machine bien huilée. Nuances et conventions s'associent à un discours précis. Les compositions s'enchaînent et se déchaînent, laissant place à quelques standards comme It Ain't Necessarily So, I've Got Rhythm (dont le vrai titre a toujours été I Got Rhythm) de Georges Gershwin, ou Honeysuckle Rose (Fats Waller). Pour leur troisième album en 1994, le trio Duchemin avait reçu les encouragements d'Oscar Peterson : "I very much enjoy this french pianist" et de Martial Solal "Un très beau disque". Confirmation en concert.
Benjamin Halay
JAZZ CLASSIQUE Février 1999.
Philippe Duchemin « Three Colors »
C'est une bonne séance en trio réalisée en avril 1998. Toulousain de formation classique devenu héritier de Fats Waller et Oscar Peterson (Quel beau « Honeysuckle Rose ! »), Philippe Duchemin a l'audace de survivre dans une région (Le Mans) hostile au swing. Il faut dire qu'avoir joué avec Joe Newman, Lionel Hampton, Ray Brown, Wild Bill Davis, Duffy Jackson et Benny Waters laisse d'heureuses traces et peut alimenter une détermination. Ses jeunes complices, la bassiste Patricia Lebeugle (1963) et Jean-Pierre Derouard (1970), ont suivi un parcours voisin, d'où l'homogénéité du trio. Philippe Duchemin n'a d'ailleurs pas de leçons ès modernisme à recevoir (Bingo). Il sait jouer avec une grande musicalité (Jogging in Paris, Sweet Progression). Il est un compositeur intéressant ainsi que Three Colors le démontre (changement de tempo, motifs virtuoses à la Art Tatum encadrant un passage Bluesy). La magnifique Patricia Lebeugle nous ravit par ses rondeurs (de basse) : You Took Advantage Of Me est une bonne prestation. Jean-Pierre Derouard, qui est par ailleurs un bon trompette mainstream, se confirme ici comme un fantastique batteur, pertinent aux balais, mais surtout maître du tempo et d'une impressionnante puissance quand il le faut (It Ain't Necessarily So). Originaux (vous avez dit créatifs) et standards alternent avec goût. Dire que de C.D. en C.D., Festivals en Festivals, on est obligé de se taper des trios insipides et qu'on nous prive de celui-ci, parce qu'il swingue ! Ce n'est plus soutenable ! Vive Duchemin !
Michel Laplace
JAZZ DIXIE SWING N°22 Février 1999.
« Three Colors »
Toulousain d'origine, Philippe Duchemin est certainement l'un des pianistes français les plus importants de ces vingt dernières années. Après avoir étudié le piano classique pendant six ans, il aborde le jazz en autodidacte et s'attarde quelque huit années en compagnie de Fats Waller, Erroll Garner et, surtout, Oscar Peterson. Dès 1980, il se fait connaître à Paris et, trois ans plus tard, Kenny Clarke l'engage dans sa formation « Jazz en Liberté ». Jusqu'à ce jour, il ne cessera de s'affirmer, côtoyant les Michel Attenoux, Joe Newman, Benny Powell, Spanky Wilson, Pierre Schirrer, Dany Doriz, Duffy Jackson et même Lionel Hampton. Il s'est encore produit avec les « Four Bones » de François Guin et Ray Brown. Philippe Duchemin a beaucoup enregistré, d'abord avec la formation espagnole « Paris-Barcelona » ou bien Frank Wess… Et Wild Bill Davis. Le premier CD sous son nom date de 1991 (« Alizés » ; le deuxième est de 1992 (« Trio Live ! ») ; le troisième paraît en 1994(« Three Pieces ») et provoque les réactions élogieuses d'Oscar Peterson et Martial Solal. Le présent Cd a été enregistré en avril 1998 à Paris et s'intitule « Three Colors », d'après la composition de Philippe Duchemin, qui illustre parfaitement le goût prononcé de son auteur pour les tempi rapides et plus… Même remarque pour une autre de ses compositions, « Jogging in Paris », pourtant introduite sous le signe de la valse lente. Dans « It Ain't Necessarily So » (de Gershwin), c'est le pont qui valse lentement. Par moments l'influence garnérienne est perceptible. La jolie paysanne sarthoise Patricia Lebeugle fait partie des contrebassistes français de réputation internationale ; son jeu très corporel et visuel est très apprécié du public. Elle fait sur ce thème un solo souple, swinguant et bien phrasé. Le batteur Jean-Pierre Derouard n'est pas blanc, comme Philippe ou « Patou ». Il est noir par son père et vietnamien par sa mère ! Au fait, les voilà en trois « couleurs » … Dès l'enfance, il a appris la musique dans la Sarthe. Aujourd'hui il accompagne les grands, Longnon, Huck, Wilsch, Doriz, Arvanitas. Il est titulaire des « Four Bones » depuis 1998. Très efficaces aux baguettes et capable d'un jeu nuancé aux balais (« Jogging in Paris »). Il est mis en valeur tout au long du CD, tout comme Patricia Lebeugle qui expose magnifiquement « You Took Advantage Of Me », qu'elle reprend à la fin. A mon avis, c'est la meilleure plage, avec « Close Your Eyes », où Philippe Duchemin fait une intro en mineur , de type oriental. Patricia signe une composition (« Sweet Progression ») et Jean-Pierre n'est pas en reste (« Bingo »). Dans « Honeysuckle Rose » Philippe Duchemin n'oublie pas d'évoquer fidèlement «et « librement » Fats Waller, avant de mettre le pied à l'accélérateur… Faisant suite à deux balades couplées, « Lotus Blossom » de Billy Strayhorn et As Time Goes By. Gershwin, et c'était bien le moins en cette année 98, a les honneurs de la conclusion : « I Got Rhythm ». De plus, chacun des musiciens du Trio Duchemin est en droit de reprendre cette assertion magique à son propre compte.
Jean Vastra
Philippe Duchemin 1998
Il nous paraît important de ne pas oublier ici les musiciens qui, pour être un peu dans l'ombre des stars du jazz, n'en sont pas pour autant moins actifs et talentueux. Le pianiste Philippe Duchemin fait partie de ceux-là.
Actif ? Sans le moindre doute. Il enregistre régulièrement, participe à nombre de festivals et de concerts et se produit dans les clubs les plus prestigieux de la capitale comme « Le Petit Journal », « Le Caveau de la Huchette » ou le « Bilboquet » où il joue en ce moment.
Talentueux ? C'est évident. Avecun style solidement implanté dans le middle-jazz, une technique à toute épreuve et pleins d'idées, il exprime en plus un plaisir de jouer, un optimisme qui va parfois jusqu'à une jubilation des plus réjouissantes. Il a une fois pour toute choisi l'idéale formule du trio avec -chose rare- une jeune femme, Patricia Lebeugle à la basse et un excellent jeune drummer, Jean-Pierre Derouard. Leur complicité est exemplaire et Duchemin laisse toujours à ses compagnons le loisir de s'exprimer. Ecoutez par exemple comment c'est à la bassiste qu'est confié le soin d'exposer - très joliment- le thème de « You Took Advantage Of Me ».
Compositions inédites et standards se succèdent dans un album solidement swinguant. Une réussite.
Henri Marchal
Bulletin du Hot Club de France 1999
Pour ceux qui ne connaissent pas Philippe Duchemin, ce CD est une bonne occasion de le découvrir, dans un élément naturel où il excelle: le trio, en compagnie (et non pas simplement "accompagné") de Patricia Lebeugle et de J.P. Derouard.
Dire de Philippe Duchernin qu'il doit aimer Peterson est un pléonasme: l'ombre du Maître rôde souvent, mais inspiration n'est pas plagiat, et on devine bien d'autres parentés plus ou moins esquissées avec Tommy Flanagan, Gerald Wiggins, Tatum, Hank Jones, bref toute cette longue lignée de pianistes chez qui un discours souvent délicat de la main droite s'appuie toujours sur les fondations d'une gauche rythmique très percutante, à la précision simplement implacable. Alors, musicien caméléon? Non, Jazzman tout simplement: comment leur reprocher de garder en leurs papilles le souvenir des saveurs qui les ont nourris?
Effeuillons quelques titres; le CD commence par Jogging in Paris, composition du leader. Démarrage très rhapsodiant en jolie ballade, entrecoupée de passages en 4 et en 3 temps. On rentre ensuite dans le vif du sujet par une improvisation ciselée avec swing, ou P.Lebeugle et J.P.Derouard (aux balais) font merveille. La conclusion par un retour en valse lente est un régal; peut-être le morceau le plus attachant de la liste.
It Ain't Necessarily So souffre d'une prise de son déséquilibrée où la batterie ressort beaucoup trop fort. Le pianiste y donne encore mieux la mesure du formidable rythmicien qu'il est, l'esprit d'Oscar est toujours là.
Les deux autres comparses ont eux aussi composé des titres, ce qui donne Sweet Progression (P.Lebeugle), élégante ballade aux riches accords et Bingo, de J.P.Derouard décidément bien mieux enregistré aux balais. Mélodie et harmonies intéressantes ce qui pourrait surprendre, mais J. P. est aussi trompettiste.
You Took Advantage On Me est exposé à la basse. Quelle bonne idée! P.Lebeugle a travaillé avec P.Boussaguet, ce qui nous tire un fil depuis Ray Brown.
Lotus Blossom est en medley avec As Time Goes Bye. J'avoue être toujours intrigué par l'attrait de certains musiciens pour ce thème, gentille romance qui évoque irrésistiblement un piano-bar, un soir où la boîte est vide et que le taulier se demande s'il ne va pas virer ce type qui lui coûte cher. Mais, Philippe Duchemin ne peut pas être soupçonné de racolage, il doit aimer le thème, et il s'y colle... Dont acte.
Avec Honesuckle Rose le trio donne toute la mesure de sa cohésion, sur un terrain connu. On démarre sur un petit salut, à Fats Waller, y glissant au passage une citation de Handful of key's. Puis, on s'éloigne subrepticement du géniteur, et c'est à Nat King Cole, pianiste, qu'on pense immanquablement: riffs en arpèges, volubilité et précision de la main droite, tout y est.
Alors, je conclurai en accord avec le texte de la pochette : c'est un vrai trio, ça tourne, ce n'est pas ancien, non plus d'avant-garde, c'est jubilatoire.
Texte et graphisme de la pochette sont remarquablement bien faits, avec un bon raccourci sur la carrière des 3 musiciens.
Michel Mardiguian
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